Même si le titre peut être étonnant quand il fait des températures gravement au-delà de la normale et qu'on s'attend à chaque instant à voir se déverser aux urgences des tsunamis de personnes âgées déshydratées ou plutôt depuis la canicule de 2003 trop hydratées (eh oui, cher lecteur naïf, c'est possible et ce blog est ecrit par 30° le 2 juillet 2015), en fait la grande crainte des urgentistes, c'est l'hiver, comme dans une série célèbre qui n'est pas encore passée à la télé française mais que bizarrement tout le monde a vue (pas moi, Mr l'agent). Parce que tous les hivers, il y a du monde.
Comme chaque année, je recycle mes présentations au congrès des
urgences pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'y assister et pour ceux qui ont
eu cette chance, pour revivre des moments merveilleux.

Cette année, on m'a fait l'honneur de me demander une présentation sur les
conséquences de l'overcrowding (et si tu ne sais pas ce que c'est, cher ami qui
est venu sur ce blog et qui va en parler à tous ses amis Facebook, twitter,
LinkedIn et du bistrot, il faut aller sur les posts précédents) lors d'une
table ronde sur la surcharge des urgences.
Pour résumer, l'overcrowding, c'est quand il y a beaucoup de monde dans et
devant vos urgences et qu'ils veulent absolument rentrer.

En fait la première conséquence de l’overcrowding se
résume en une phrase « VALAR MORGULIS » (si tu ne sais pas ce que ça
veut dire, félicitations tu n’as aucune idée du streaming ou du téléchargement
illégal). En français, ça veut dire que le taux d’occupation est associé à une
augmentation du risque de mortalité dans les 3 jours suivants (Jo S et al. JEM. 2014) et que pour la tranche
70-80 ans, le risqué de mortalité à 10 jours peut quasiment doubler (Richardson, D. B. MJA,2006).
L’évaluation (pas le traitement !) de la douleur
peut être retardée de 1h (Hwang U AEM. 2008). Bon pour certains, la souffrance
est rédemptrice mais bizarrement peu de patients semblent y souscrire, et on
ose parler de renouveau de la religion.
D’autres éléments médicaux sont associés avec la
surcharge, augmentation des erreurs de médicaments (Kulstad EB, et al. AJEM.2010), le fait d’avoir des antibiotiques dans les 4 heures dans les pneumonies (FeeC et al. AEM. 2007). Même le traitement de l’asthme chez les enfants peut être
impacté avec un retard proportionnel à la surcharge (Sills MR et al. AEM.2011).
Et, la satisfaction diminue en même temps que la
surcharge augmente (Tekwani KL et al. West J Emerg Med. 2013), étonnant non ?
Du coup on développe des bio marqueurs non pas pour
diagnostiquer certaines pathologies mais pour éliminer des pathologies plus
rapidement afin d’aller plus vite.
Ces surcharges ont un impact financier et pour
plusieurs raisons : les patients restent hospitalisés plus longtemps pour
la même pathologie donc ils coutent plus pour le même prix (ça s’appelle la
tarification à l’activité) et leur présence aux urgences nécessite plus de
personnel qui coute plus cher (alors là amie infirmière ou jeune docteur, ne
laisse pas de commentaire misérabiliste sur ta pauvre paie, parce que si tu
gagnes peu d’argent, tu en coutes beaucoup).
Et parlant du personnel, bien évidemment, cette
surcharge a un impact majeur sur les conditions de travail, la maltraitance ou l’absence
de bientraitance envers les patients très demandeurs entrainant des difficultés
de recrutement (Ami urgentiste connais-tu Bry/Marne ? non ? c’est
dommage, n’hésites pas à me contacter), des difficultés relationnelles dans
l’équipe mais surtout avec les autres services, le tout parfois étrangement
dans un sentiment de fierté à pouvoir dominer le chaos. Cela entraine aussi un
recrutement des personnels sur des critères d’efficacité et de rapidité et
moins sur des critères d’humanité et de compassion.
D’autres conséquences ne sont pas forcément
négatives avec l’apparition de nouveaux métiers (bed manager) et de marchés de
l’audit et du conseil avec un tas de types qui n’y connaissent rien qui
viennent vous expliquer ce que vous savez déjà (d’ailleurs n’hésitez pas à me
contacter si vous en avez besoin). On crée chaque jour des formations pour gérer
la violence, le flux, manager etc. C’est important dans ces périodes de chômage.
Bon, la surcharge, ça permet aussi de faire de la
recherche, de publier et bien sûr de faire un blog !
Alors la prochaine fois que vous irez aux urgences,
soignant ou patient, rappelez-vous Winter is coming !