jeudi 7 décembre 2017

Tu es urgentiste ? Vraiment ? Vient travailler avec nous.

Changer de service d'urgence quand on est chef de service c'est assez rare, même si c'est devenu un peu plus fréquent ces dernières années, montrant par là que cette fonction se professionnalise.
J'ai donc changé de service.
Pour aller en Seine St Denis.
On ne peut pas dire que mes collègues l'aient complètement compris. Parce que dans l'imaginaire collectif, ça c'est le quotidien d'un médecin urgentiste à St Denis.


Et même si ce n'est pas ça du tout, ce n'est pas non plus toujours très kawai, et on ne peut pas nier les agressions des dernières années.
Alors pourquoi aller en Seine St Denis ?
Parce qu'à la base quand j'ai fait médecine, j'étais innocent et surtout plein d'illusions et que je me suis heurté à la réalité.
Puis j'ai fait de la médecine d'urgence. Parce que c'était intéressant, qu'on est la spécialité qui fait le plus de diagnostic mais surtout parce que c'est l'aventure à coté de chez toi et des journées avec des histoires toujours intéressantes.
Et ben la Seine St Denis, c'est ça. Pouvoir se sentir utile mais aussi faire de la médecine avec des diagnostics comme on en voit rarement ailleurs. Et pouvoir entendre des histoires et voir des vies comme dans les romans (nan parce que le coté mère Theresa des réseaux sociaux je laisse ça à d'autres qui se sacrifient dans leur bureau derrière leur ordinateur).
Et là j'en viens à pourquoi VOUS viendriez travailler avec nous.
Saint Denis c'est pas seulement la Basilique mais c'est aussi le Grand Stade, une grande Ville aux portes de Paris en pleine évolution avec une population diverse, internationale certes mais également des tas d'immeubles de bureaux et évidemment l'HAS! Et en plus bientôt il nous faudra préparer les jeux olympiques et les mondiaux de rugby.

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Avoue t'imagine pas St Denis comme ça
D'abord oubliez ce que vous avez entendu. Que ce soit sur le manque de moyen (y a pire ailleurs), le niveau médical et l'engagement des personnels (une étude a montré que le turn over aux urgences dans le 93 était le plus faible d'Ile de France) ou l'hôpital dont les services sont réputés. D'ailleurs, y a plein de monde qui vient visiter.
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Mais bon on est urgentistes et finalement y a que ça qui nous intéresse. Le service reçoit 55000 passages par an et le SMUR sort beaucoup (environ 6 fois par jour pour le primaire, et le secondaire sort également). C'est ce SMUR qui était le premier au Stade de France en 2015. Les personnels médicaux et paramédicaux sont très impliqués.
Mais il nous manque du monde. Et du monde motivé et passionné pour participer à l'évolution du service, nous aider à grandir. C'est une grande opportunité pour des urgentistes passionnés qui pourront non seulement exercer la médecine qu'ils aiment mais aussi acquérir de nouvelles compétences et participer à la formation des futures urgentistes.
Ah oui, évidemment on est passé à 39h (même si en ce moment ben comme vous êtes pas là on dépasse...).
Alors j'attends vos mails pour plus de renseignements et au moins une petite visite pour changer de point de vue et peut être nous rejoindre : mathias.wargon@ch-stdenis.fr













dimanche 2 juillet 2017

Urgentiste, c'est le mieux.

Ami jeune, tu viens de passer les ECNi et tu t'interroges sur ta carrière future. Alors je te le dis, plutôt que trainer sur internet, facebook ou twitter (sinon tu serais pas arrivé jusqu'ici), réfléchis à ton avenir et tu verras que c'est la médecine d'urgence.

 

Certes, c'est intéressant te dis-tu, mais dans les stages où je suis passé les urgentistes arrêtaient pas de se plaindre qu'ils bossaient trop et qu'ils allaient arrêter. Et même ce blog (que je t'engage à lire) parle beaucoup des problèmes des urgences avec un titre pas très engageant. 
En fait les urgences sont une spécialité neuve non seulement sur le plan académique mais également dans leur fonctionnement. C'est une spécialité en pleine mutation qui est à la pointe des avancées dans l'organisation hospitalière. Nous sommes une des premières spécialité à réfléchir au temps de travail, au travail décalé et nous allons continuer. Même si on râle, on a su s'adapter (parfois avec du mal) à l'explosion de notre activité depuis une vingtaine d'année.Et puis les urgentistes qui râlent sont aux urgences ou en SMUR et au SAMU. Ils râlent mais ils restent.
Au delà du passage aux 39 heures postées, des gardes et des heures sup, il doit y avoir une raison. Non? Il y en a et plusieurs.
D'abord c'est bon pour l'égo. Évidemment on ne sauve pas des vies tous les jours mais ça arrive de temps en temps et pour les gens comme moi qui se lassent très vite, ça ne dure pas des heures ou des jours. C'est tout de suite maintenant, là. Et quand même, on a fait médecine généralement pour ça, pour sauver des vies (après les plus intelligents changent d'avis). Et si on ne sauve pas de vie, ben on fait quand même des trucs bien. Calmer la douleur, annoncer un diagnostic, voire accompagner un mourant et sa famille.
Mais aussi, c'est souvent là qu'on fait le diagnostic (et c'est pour ça que les autres spécialistes sont tellement contents de nous montrer qu'on s'est trompé). Ce diagnostic, on le fait d'abord avec l'examen clinique. Mais pas seulement. On a plein de trucs dans les urgences pour nous aider, l'ECG, parfois des examens de labo dans les urgences même et depuis quelques années les urgentistes font des échos. Évidemment après on a le plateau technique de l'hôpital et les collègues d'autres spécialités. C'est également aux urgences qu'on va initier le traitement voire les premières manœuvres de réanimation comme l'intubation (dont mes amis smuristes sont friands), la ventilation non invasive voire le choc électrique. Bon on fait des sutures et des plâtres aussi. 
La médecine d'urgence ce sont les 15 minutes les plus intéressantes des autres spécialités (et on est plein à le dire, des urgentistes évidemment) .
Alors évidemment tous les patients ne sont pas graves et certain n'ont carrément pas grand chose. S'ils viennent en nombre toujours croissant, c'est parce que nous sommes victimes de notre succès.
Dans les urgences intra ou extra hospitalières, on travaille en équipe. Tout le temps. On travaille non seulement avec les infirmières, les aides soignantes mais aussi les brancardiers, les assistantes sociales, tout l'hôpital en fait. De mon point de vue c'est un plus (et je ne parle que des relations professionnelles). 
Et pour finir, il ne se passe pas un jour sans histoire triste, cocasse ou carrément étrange. On travaille avec les pompiers, la police. Souvent les histoires sont plus dingues que dans les livres ou au cinéma.
Alors évidemment il y a du stress mais quand on travaille aux urgences on a l'impression de faire son métier de médecin véritablement et on sait pourquoi on est stressé (demande à tes copains en entreprises).
Ah j'oubliais, la vie de famille. Certes on passe des nuits et des week-ends au boulot (mais avec une équipe). On passe aussi des journées à la maison dans la semaine, on peut aller chercher ses enfants à l'école ou les emmener au bac à sable (bien que ce soit très ch). J'ai récemment posé la question à mes enfants (qui maintenant se moquent que je sois là) et ils m'ont dit qu'ils étaient habitués quand ils étaient petits à ce que je sois en garde.
Alors cher jeune, j'espère que je t'ai un peu convaincu. Sinon tu peux toujours aller dans le service de l'hôpital d'à coté et parler aux urgentistes qui se plaindront beaucoup mais qui te donneront peut être envie malgré tout.
Alors tu me diras, si c'est si extraordinaire pourquoi on pleure tout le temps? lis les autres chapitres de ce blog, feignant.
pour finir je l'avais déjà mise mais je la remets.

dimanche 14 mai 2017

Le canari dans la mine


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Ministre de la santé posant à coté d'un urgentiste

Pourquoi malgré l'argent qu'on met dans les services d'urgence depuis des années, la réduction du temps de travail, la spécialisation, on entend que les urgences vont toujours mal, sont débordées et manquent de praticiens? Je dis tout de suite que non, cet article n'est pas payé par les syndicats de médecins généralistes, en tout cas ceux qui pensent que l'argent serait mieux employé s'il leur était versé.
Les urgences vont mal parce que le système de santé autour va mal et que de façon implicite on demande aux urgences de s'occuper des situations défaillantes. 
Le fonctionnement des urgences c'est simple. Il y a les entrées, le fonctionnement interne, celui que tout le monde nous demande d'organiser parce qu'évidemment si ça va mal c'est qu'on n'est pas organisé (bon des fois, c'est vrai) et l'aval.
A part les patients qui nécessitent des prises en charges urgentes, nous recevons de la médecine qui pourrait être faite par le médecin généraliste. Ah j'entends déjà les syndicalistes nous expliquer qu'il n'y a qu'à ouvrir des maisons médicales de garde. Mais on met qui dans ces maisons? Les généralistes qu’on n'arrive pas à trouver ailleurs? Des internes? Ceux qu'on ne peut pas laisser prescrire tous seuls à l'hôpital? 
Aux urgences arrivent aussi toutes ces personnes âgées dont les problèmes de santé n'ont rien de nouveau mais qui ne peuvent plus rester à la maison. Les personnes âgées dont les enfants ne peuvent pas s'occuper (et là je suis trèèèèèès politiquement correct). Les personnes âgées que le système d'aide ne peut plus supporter. Il faut les placer et pourtant elles n'ont pas leur place à l'hôpital qui est là pour...soigner. Et quand on parle d'aides à domicile ou de maisons de retraite les familles refusent pour de bonnes ou de moins bonnes raisons). Et pourquoi se gêner, la prochaine fois, on retournera aux urgences. Non s'en s'être plaint au monde entier que les urgentistes sont des salauds car ils ont suggéré qu'on s'occupait pas trop bien de mamie.
Aux urgences on reçoit aussi les alcooliques qui y trouvent une place pour cuver, hurler et parfois mettre de l'animation à l'aide de fluides corporels. On reçoit aussi les familles des alcooliques qui nous supplient ou nous menacent pour trouver une solution en urgence à leur désespérant problème auquel nous ne pouvons rien, hélas. 
On reçoit aussi des patients de psychiatrie (pas que des fous agités, ça c'est notre boulot) mais des patients que les psychiatres ne peuvent pas recevoir en urgence et qu'on finit par abrutir de médicaments pour les calmer en attendant qu'enfin un psychiatre puisse les voir.
On voit également la misère, celle qui dort dans la rue et pour qui les structures sociales n'ont pas pu trouver de place mais aussi ces SDF, violents, alcoolisés qui sont refusés par ces même structures sociales qui ne peuvent pas les aider, qui souvent les ont rejetés ou qu'ils rejettent. 
Aux urgences nous traitons également ces patients chroniques, malades connus de notre hôpital dans le meilleur des cas mais qu'on ne peut pas reprendre en urgence car les politiques de fermetures de lits ont réduit le nombre de places. On reçoit également ces patients pris en charge par des structures super hyper spécialisées mais qui en cas d’urgence réorientent systématiquement leurs patients vers les urgences de secteur et leurs urgentistes hyper pas spécialisés à qui il va falloir des heures pour trouver un interlocuteur qui reprendra son patient en fonction de ses lits et d'autres critères plus difficiles à apprécier.
Ca c’est pour les entrées. Pour les sorties (l’aval) c’est pareil. Comment renvoyer une personne âgée lorsqu’on n’a pas ses clés, lorsque personne de la famille n’est là pour la recevoir mais saura écrire pour te reprocher de l’avoir ré-adressé dans la nuit pour ne pas la laisser sur un brancard ?
Un des critères de mauvais fonctionnement des urgences c’est le nombre de patients qui attendent un lit. Mais en réalité, c’est un critère de fonctionnement de l’hôpital et de sa capacité à absorber ses propres patients au fil de l’eau.
A l’aube d’un nouvel été (je l’avais dit ) où il est certain que certaines lignes de garde (voir certains services) seront contraintes de fermer par manque de médecin, il serait temps de se poser la question. 
Pourquoi les urgentistes doivent-ils multiplier les gardes et les journées de travail au risque de leur santé, de leur avenir dans la profession pour être les derniers à ne pas se laver les mains des dysfonctionnement qui aboutissent chez eux parce que c’est dans notre système le dernier endroit où on ne peut pas dire non ? Et pourquoi continueraient-ils à le faire ? Le devoir ? Dans une société où cette valeur est obsolète et passe désormais après la vie privée ? Pourquoi eux ?
Je te rassure cher lecteur, nos jeunes confrères n'ont absolument pas l'intention de se faire bouffer et d'être des martyrs. Au delà d'un certain dépassement du temps de travail, la réponse est non. Et au delà d'un certain nombre de dépassement, la réponse est "je pars". A mi-temps au mieux, vers d'autres cieux mieux payés et moins contraignants au pire (dans le soin voire vers nos structures de contrôle, sans la responsabilité des patients et avec des horaires beaucoup plus compatibles avec une vie de famille et surtout sans l'angoisse d'avoir à remplacer un collègue en cas d'urgence).
Les urgentistes sont-ils les nouveaux Samson de notre système. Et quand s’écroulera-t-il sur leur tête ? Cet été ? L’hiver prochain ? Et à ce moment là, qui assurera les urgences ? Qui trouvera t-on à 30 mn de chez soi ? Dans quelles conditions ?
En regardant cette vidéo, tu comprendras pourquoi je suis allé chercher (très loin comme ma femme me l'a fait remarquer) cette métaphore de Samson (et tu verras qu'elle n'est pas loin de l'état d'esprit du patient aux urgences).


dimanche 30 avril 2017

Pourquoi les urgences sont incompatibles avec l’extrême droite


Ami lecteur et souvent urgentiste, toi qui vient sur ce blog pour sourire entre deux gardes, saches qu'aujourd'hui, j'ai décidé d'arrêter la rigolade, provisoirement j'espère.
Dans 8 jours ce sont les élections présidentielles. Cela pourrait, considérant la possibilité d'un passage de l'extrême droite, avoir une influence majeure sur notre métier et nos conditions de travail. Et je pourrais vous en faire des tonnes sur le programme du front national qui promet des hôpitaux de proximité sans financement (et sans médecin) ou sur une possible dévaluation d'un franc retrouvé qui entrainerait l'impossibilité de racheter du matériel de haute technologie (scopes, ECG, respirateurs, échographes), déjà très cher mais qui deviendrait hors de prix. . Je pourrais également vous parler de santé publique, dire que la protection sociale des sans-papiers cela empêche la propagation de maladies de la pauvreté comme la tuberculose, par exemple et que finalement cela nous protège également, égoïstement.
Non ce qui m’angoisse aujourd’hui c’est de me dire qu’un gouvernement  pourrait complètement pervertir ce métier auquel je crois. Nous recevons quotidiennement tous nos patients, français ou étrangers, quels que soient leur couleur de peau, leur sexe, leur genre. Et même si ça ne se fait pas parfois sans apriori (car nous ne sommes pas des âmes éthérées et que nous avons tous nos vies, nos sensibilités), ce n’est jamais remis en cause. Parfois, nos patients n’ont pas de papiers, pas de couverture sociale et de façon certainement irresponsable sur le plan financier, ce n’est jamais un problème dans l’urgence. C’est notre fierté.
Nos rapports avec la police sont quotidiens, souvent compliqués. Parfois nous travaillons de concert, parfois nos logiques s’affrontent. J’ai souvent été protégé par la police, contre des patients violents ou leur famille. Mais parfois, c’est différent. Je reçois de temps en temps des réquisitions auxquelles le code de déontologie m’interdit de répondre, heureusement. Je me suis fait menacer d’être arrêté parce que j’ai demandé de modifier une réquisition qui ne faisait pas la différence entre le directeur de l’hôpital et le chef des urgences, le procureur m’a appelé car j’avais interrompu un interrogatoire, on m’a demandé quelquefois la pathologie d’un patient. A chaque fois, j’ai pu dire non, mi goguenard, mi inquiet quand même. Qu’en sera-t-il demain ?
Et que dire des personnels. Les médecins bien sûr dont beaucoup sont d’origine étrangère. Ils forment un nombre conséquent d’urgentistes, pas toujours par vocation, c’est vrai, mais parce que le système ne leur laisse pas le choix, avec un rythme de travail que peu de français acceptent encore. Ces médecins qui se dévouent quotidiennement, quelle sera leur vie ? Et quelle sera celle des urgences quand ils seront partis ou qu’on les aura fait fuir ?
Les paramédicaux, infirmières et aides-soignants, et les autres ASH (femmes de ménages), brancardiers, mal payés, souvent méprisés par les patients. Ceux-là sont français mais dans les hôpitaux où j’ai travaillé, beaucoup étaient issues de familles modestes, souvent français de première ou deuxième génération. Ils ont déjà l’impression d’être laissés pour compte d’un système de santé qui les paie peu et les exploite (et je sais que certains d’entre eux votent FN) mais demain, acceptera-t-on que par leur couleur de peau ou leur religion, ils soient des citoyens de deuxième zone ?
La religion, parlons-en également. Nous avons des tensions parfois surtout avec les patients. Mais dans un service qui travaille 7jours sur7 et 365 jours par an, celle-ci n’a pas voix au chapitre et chacun doit faire des arrangements avec ses collègues et souvent avec soi-même pour assurer sans discontinuer.
Alors non, mon métier n’est pas compatible avec l’élection d’une candidate des extrêmes.