dimanche 2 juillet 2017

Urgentiste, c'est le mieux.

Ami jeune, tu viens de passer les ECNi et tu t'interroges sur ta carrière future. Alors je te le dis, plutôt que trainer sur internet, facebook ou twitter (sinon tu serais pas arrivé jusqu'ici), réfléchis à ton avenir et tu verras que c'est la médecine d'urgence.

 

Certes, c'est intéressant te dis-tu, mais dans les stages où je suis passé les urgentistes arrêtaient pas de se plaindre qu'ils bossaient trop et qu'ils allaient arrêter. Et même ce blog (que je t'engage à lire) parle beaucoup des problèmes des urgences avec un titre pas très engageant. 
En fait les urgences sont une spécialité neuve non seulement sur le plan académique mais également dans leur fonctionnement. C'est une spécialité en pleine mutation qui est à la pointe des avancées dans l'organisation hospitalière. Nous sommes une des premières spécialité à réfléchir au temps de travail, au travail décalé et nous allons continuer. Même si on râle, on a su s'adapter (parfois avec du mal) à l'explosion de notre activité depuis une vingtaine d'année.Et puis les urgentistes qui râlent sont aux urgences ou en SMUR et au SAMU. Ils râlent mais ils restent.
Au delà du passage aux 39 heures postées, des gardes et des heures sup, il doit y avoir une raison. Non? Il y en a et plusieurs.
D'abord c'est bon pour l'égo. Évidemment on ne sauve pas des vies tous les jours mais ça arrive de temps en temps et pour les gens comme moi qui se lassent très vite, ça ne dure pas des heures ou des jours. C'est tout de suite maintenant, là. Et quand même, on a fait médecine généralement pour ça, pour sauver des vies (après les plus intelligents changent d'avis). Et si on ne sauve pas de vie, ben on fait quand même des trucs bien. Calmer la douleur, annoncer un diagnostic, voire accompagner un mourant et sa famille.
Mais aussi, c'est souvent là qu'on fait le diagnostic (et c'est pour ça que les autres spécialistes sont tellement contents de nous montrer qu'on s'est trompé). Ce diagnostic, on le fait d'abord avec l'examen clinique. Mais pas seulement. On a plein de trucs dans les urgences pour nous aider, l'ECG, parfois des examens de labo dans les urgences même et depuis quelques années les urgentistes font des échos. Évidemment après on a le plateau technique de l'hôpital et les collègues d'autres spécialités. C'est également aux urgences qu'on va initier le traitement voire les premières manœuvres de réanimation comme l'intubation (dont mes amis smuristes sont friands), la ventilation non invasive voire le choc électrique. Bon on fait des sutures et des plâtres aussi. 
La médecine d'urgence ce sont les 15 minutes les plus intéressantes des autres spécialités (et on est plein à le dire, des urgentistes évidemment) .
Alors évidemment tous les patients ne sont pas graves et certain n'ont carrément pas grand chose. S'ils viennent en nombre toujours croissant, c'est parce que nous sommes victimes de notre succès.
Dans les urgences intra ou extra hospitalières, on travaille en équipe. Tout le temps. On travaille non seulement avec les infirmières, les aides soignantes mais aussi les brancardiers, les assistantes sociales, tout l'hôpital en fait. De mon point de vue c'est un plus (et je ne parle que des relations professionnelles). 
Et pour finir, il ne se passe pas un jour sans histoire triste, cocasse ou carrément étrange. On travaille avec les pompiers, la police. Souvent les histoires sont plus dingues que dans les livres ou au cinéma.
Alors évidemment il y a du stress mais quand on travaille aux urgences on a l'impression de faire son métier de médecin véritablement et on sait pourquoi on est stressé (demande à tes copains en entreprises).
Ah j'oubliais, la vie de famille. Certes on passe des nuits et des week-ends au boulot (mais avec une équipe). On passe aussi des journées à la maison dans la semaine, on peut aller chercher ses enfants à l'école ou les emmener au bac à sable (bien que ce soit très ch). J'ai récemment posé la question à mes enfants (qui maintenant se moquent que je sois là) et ils m'ont dit qu'ils étaient habitués quand ils étaient petits à ce que je sois en garde.
Alors cher jeune, j'espère que je t'ai un peu convaincu. Sinon tu peux toujours aller dans le service de l'hôpital d'à coté et parler aux urgentistes qui se plaindront beaucoup mais qui te donneront peut être envie malgré tout.
Alors tu me diras, si c'est si extraordinaire pourquoi on pleure tout le temps? lis les autres chapitres de ce blog, feignant.
pour finir je l'avais déjà mise mais je la remets.

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