mardi 14 juillet 2020

je veux un cabinet (d'architecture)


Ami lecteur, enfin un nouveau texte sur ce blog parce que ces derniers temps je me suis beaucoup éparpillé non seulement sur les réseaux sociaux et un peu les médias mais surtout en participant à la création de lafabriquedelasante.fr, think tank qui deviendra bientôt la réference mondiale, française, une référence de la réforme du système de santé.
Bon quand je dis nouveau, je triche un peu puisqu'il s'agit d'une version bloguesque d'un texte que de toutes façons tu n'as pas lu sauf si tu es abonné à Architecture Hospitalière. T'es abonné? Bon tu vois. l'original n'est pas tout à fait le même mais pas tout à fait un autre et il est mais on sait très bien que tu n'iras pas le lire de toutes façons.
Comme je l'ai expliqué ici souvent, les urgences sont depuis longtemps au cœur du débat sur notre système de santé parce qu’elles servent de palliatif aux manques de celui-ci. Il n’est pas anodin d’ailleurs que le mouvement social qui touche les hôpitaux depuis plus d'un an soit parti de ces services qui accueillent et prennent en charge non seulement les patients les plus graves mais finalement tous ceux qui n’ont pas trouvé ailleurs de solution à leur problème ou supposé problème de santé ainsi que les exclus du système se substituant parfois même aux structures d’accueil purement sociales.  
Sinite parvulos venire ad me comme il disait (ce blog devient de plus en plus religieux, je vais finir par mettre des images pieuses).
Contrairement aux idées reçues, l’organisation change en permanence. Les personnels se forment, la spécialité à part entière ne datant que de quelques années. On discute désormais d’infirmières de pratiques avancées. On intègre directement les assistantes sociales à nos prises en charge. Là où il y a quelques années on séparait les flux selon les spécialités médicales, on les différencie en fonction de la gravité. 
La polyvalence s’est installée dans nos services, nécessitant un rapprochement non seulement professionnel mais physique entre les SMUR et les urgences (enfin pas toujours, hélas). 
La technologie s’invite aussi dans notre pratique, le matériel biomédical mais aussi les logiciels métiers indispensables et demain l’intelligence artificielle (ou après demain. Ou après après demain. Un jour quoi).
Robby le Robot | ScienceFictionArchives.com
Bon on n'est pas encore à Roby le robot

Et pour simplifier de nouvelles structures s’accolent ou se différencient des urgences, maisons médicales de garde, structures de soins non programmés à coté ou dans nos locaux, voire à leur place. Toutefois nous avons du mal à garder nos personnels, des salaires trop bas évidemment mais aussi et surtout les horaires difficiles et les conditions de travail découragent les plus passionnés.   
Et les locaux ne sont pas neutres. J’ai l’habitude de dire que les urgentistes sont les médecins de la cave. 
Pour des raisons de proximité avec les plateaux techniques, d’accès sur l’extérieur, les urgences sont le plus souvent situées au rez-de-chaussée ou au sous-sol, dans un environnement ou la lumière du jour arrive avec difficulté. Nos locaux sont le plus fréquemment trop petits et ont été pensés pour des volumes bien en deçà de notre activité quotidienne. Ils se sont souvent étendus au fur et à mesure des années par des bricolages successifs, prenant peu à peu les espaces administratifs et de détente des personnels eux-mêmes toujours plus nombreux. L’exiguïté, le manque d’investissement et d’entretien font souvent que nous travaillons dans des locaux salis, dégradés, mal entretenus et de plus en plus inadaptés.
Les décors authentiques de films d'horreur | Au Scalpel
Welcome to the Emergency Department!
Je suis souvent frappé lorsque je visite ne serait-ce que des immeubles de bureau, de la place faite à l’espace, la lumière mais souvent l’ingéniosité qui é été mise pour utiliser les espaces, sans parler des matériaux et de la décoration. Ben les urgences c’est pas ça.
Réaliser un nouveau service d’urgence et de SMUR c’est être soumis à beaucoup de contraintes, financières évidemment, techniques, réglementaires, architecturales, d’intégration dans l’hôpital et surtout celles posées par des professionnels hospitaliers qui ne seront peut-être plus là quand on utilisera ces locaux qui pour les urgences s’avèreront souvent inadaptés dès leur ouverture.
Le risque le plus grand est le manque d’ambition et d’imagination.
Le risque est de se conformer aux demandes des hospitaliers sans apporter sa propre expertise. Non je n’ai pas besoin que le cabinet m’explique comment organiser mes flux. Je le sais mieux que lui et de toute façon cette organisation sera obsolète dans quelques années, remplacée par une autre.
J’ai besoin que le cabinet m’aide à faire mieux vivre mes équipes, prendre en charge mes patients, trouver de l’espace pour des activités nouvelles, pour le travail hors du flux médical et paramédical, et surtout faire que la qualité de vie au travail ne soit pas qu’un slogan.





vendredi 3 janvier 2020

Soyons les acteurs de l'avenir!


Chers collègues,
Je sollicite votre vote pour entrer au conseil d’administration de SUdF.
J’ai découvert la médecine d’urgence il y a longtemps, d’abord dans sa pratique extra hospitalière puis intrahospitalière, comme étudiant hospitalier puis comme interne. Après un bref écart dans l’industrie, j’y suis retourné rapidement et depuis je m’y suis investi pleinement, dans les services où j’ai travaillé, y prenant peu à peu des responsabilités, ainsi que dans les instances et notre société savante. Pour completer mes connaissances, j’ai également fait une thèse d’université  sur les flux des urgences.
Actuellement je dirige les urgences et le SMUR de St Denis (93) et je construis ce qui sera demain l’observatoire régional des soins non programmés d’Ile de France.
Si je veux m’investir à SUdF, c’est que je pense que la médecine d’urgence est à un tournant. Notre univers est en train de basculer et un positionnement conservateur entrainerait notre chute. Nous devons accompagner les changements tant des ressources humaines : infirmières de pratiques avancées (aux urgences, en SMUR ou en régulation), ambulanciers avec des formations étendues, paramedics peut être, que technologiques avec l’irruption de tous les niveaux de télémédecine jusqu’à l’intelligence artificielle. Nous devons accompagner les nouveaux modes de régulation, de soins extra hospitaliers et remettre dans nos SAU la médecine d’urgence au centre de notre pratique.
Si nous voulons faire entendre notre voix, nous ne pouvons plus rester en défense, dans une attitude fermée, espérant que notre forteresse ne succombera pas aux prochains coups de ceux considérés comme nos adversaires alors que ce sont nos partenaires tous les jours sur le terrain.
Ma candidature va en étonner quelques-uns qui pensent que je suis l’ennemi de l’extra hospitalier. C’est faux. Je leur rappelle que j’ai été un des seuls à défendre le SAMU et la régulation sur les réseaux sociaux  lorsqu’il a été attaqué dans l’affaire de Strasbourg en 2018 et bien que partisan d’un numéro unique (nos compatriotes ne comprennent rien au système actuel), je me heurte régulièrement à ceux qui souhaitent un secours uniquement sous l’égide du ministère de l’intérieur. Je pense simplement que celui-ci comme l’intra hospitalier doit évoluer.
Nous sommes une seule spécialité, répètent quelques un voulant protéger leur spécificité. Je pense moi aussi que nous sommes une seule spécialité et donc  je suis pour la polyvalence et j’ai eu l’occasion de vous le démontrer lors de notre assemblée générale, à l’invitation de François Braun (la vidéo est en dessous). Cette polyvalence est la pratique normale pour beaucoup d’urgentistes. Elle est rarement représentée dans nos syndicats et sociétés.
Alors chers collègues, si je suis élu (et donc que vous avez voté pour moi), je m’engage à apporter à notre syndicat une parole libérée des contraintes corporatistes et conservatrices. 

mardi 26 novembre 2019

Faut-il vraiment augmenter les personnels hospitaliers?

Alors lecteur, tu te dis qu'après autant de temps sans avoir publié, je sais plus quoi raconter et du coup je raconte n'importe quoi. Alors d'abord, ça fait longtemps que je raconte n'importe quoi et ensuite, je ne suis pas tout seul, j'en connais qui font ça à la télé toute la journée et même des urgentistes (et non je ne te dirais pas qui).
Il faut se rassurer, je ne vais pas me lancer dans une explication économique parce que je ne comprends rien à l'économie de la santé, comme tout le monde d'ailleurs. Et je ne suis pas devenu non plus un employé de la branche assurantielle du MEDEF et des vilains lobbys qui veulent la mort du service public pour installer une médecine à 12 vitesses, comme mon vélo (les vitesses, pas la médecine). Je ne suis pas envoyé non plus par le gouvernement pour vous expliquer que bon il ne faut pas ruiner la France qui ne va pas si bien que ça. Et même si c'est peu probable, ce ne sont pas non plus les syndicats qui me demandent d'être provocateur afin de pouvoir enfin remonter leur nombre d'adhérents. 
Non c'est après une longue réflexion et une observation de la société que je suis arrivé à cette conclusion et, cher lecteur, je te sens brûler d'impatience de savoir pourquoi les personnels hospitaliers doivent être mal payés. Alors ceux qui travaillent comme moi à l'hôpital savent que nous faisons souvent l'admiration des gens qu'on rencontre (je parle du public, les soignants du privé nous prennent pour des débiles). Et souvent, ils nous disent "heureusement que vous êtes là". Alors, certes, personne ne dit que nous ne devons pas être mieux payés, mais tout le monde le pense.

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Pourquoi ? 
Parce que nous sommes venus racheter leur péchés.
Dans une société obsédée par la consommation, par l'argent, où les bullshit jobs sont légion, où les médias sont pleins de célébrités d'un jour, dans une société en quête de sens,où tout s’accélère, savoir que des gens sont là, jour et nuit, détachés des choses matérielles, tendus vers leur prochain, c'est rassurant. Ce n'est pas du soin que nous donnons c'est de l'amour et l'amour ce n'est pas payant (sauf dans certaines circonstances mais ce n'est pas le sujet de ce post).
Alors si demain on paye le personnel à la hauteur de ses attentes, je ne parle même pas du service rendu, tout cet espoir est vain. Le soignant devient un travailleur comme un autre, il devient le producteur de soin tant vanté par la technocratie sanitaire. 
Voulons-nous devenir des producteurs de soins? Non! Jamais!
Vous, moi nous voulons être adulés, aimés (que les filles se jettent sur moi, qu'elles m'admirent , qu'elles me ... pardon je m'égare). Ce serait dommage de perdre ça pour quelque deniers.



dimanche 30 juin 2019

Petit guide du CCMU 1 et 2 a l'attention du MG et de l'urgentiste distrait

Cher lecteur, dans ce post je vais parler des CCMU 1 et 2, thème que j'ai dû évoquer au moins 12 fois dans ce blog mais à l'occasion de tweets un peu problématiques je vais rererererere-expliquer.
Pourquoi ce thème qui passionne les foules (essentiellement les syndicalistes médecins généralistes qui voudraient qu'on leur rendent ces patients, qu'on leur a volé et qu'ils pourraient voir si il y avait des généralistes).
Le tri, en vrai c'est comment ?
Tout d'abord qu'est-ce que le CCMU ? C'est la classification clinique des malades des urgences. Et ce qui est marrant c'est que selon toutes les sources c'est fait dès l'accueil par un médecin, alors que n'importe qui aux urgences sait que c'est en fait codé à la fin quand on sait ce qu'on a fait, ce qui n'est pas la même chose (et qui n’empêche d'ailleurs pas de coder des conneries, vu le nombre de patients morts qui rentrent à la maison). Le 1 c'est "état lésionnel et/ou pronostic fonctionnel jugés stables. Abstention d’acte complémentaire diagnostique ou thérapeutique" Le 2 : Etat lésionnel et/ou pronostic fonctionnel jugés stables. Actes à réaliser". Ce qui est en plus étrange, c'est que dans la CCMU 1, un des exemples est le malaise vagal qui nécessite un ECG, donc un acte mais passons. 

Dans la vraie vie des urgences et selon les recommandations de la SFMU (la société savante de médecine d'urgence) à l'accueil, on utilise une autre échelle, en général à 5 niveaux. En France la SFMU recommande la FRENCH (que je n'utilise pas) basée sur la CIMU (que je n'utilise pas non plus d'ailleurs). Toutes ces échelles (française, canadienne, australienne etc etc , elles sont pas si différentes)  reposent sur les constantes prises par l'infirmière (oui le médecin à l'accueil c'est nul, c'est cher, ca fait perdre du temps, ceci est mon avis) et les antécédents. Le niveau 5 est consultation et le niveau 4 c'est consultation avec acte diagnostique et/ou therapeutique. 

Les patients de faible gravité, pourquoi ne les renvoie-t-on pas?
Vous me direz ça change rien, les niveaux 5 c'est la même chose qu'une CCMU 1. Oui mais non. Encore une fois CCMU c'est après la consultation. Et là tous nos amis généralistes disent "Mais faut les renvoyer". Certes, mais l'infirmière ne peut pas les renvoyer sans avis médical et qu'est ce qu'un avis médical quand tu as interrogé le patient, vu ses constantes et éventuellement jeté un coup d'oeil voire plus : et ben ça s'appelle une consultation. Et une consultation c'est un acte médical rémunéré par un médecin qu'il faut payer. Mais là nos amis nous disent oui mais vous touchez des sous en plus. C'est vrai c'est l'ATU (d'environ 25 euros) et un autre forfait (FAU) que nous touchons tous les quelques milliers de malades) qui sert à payer l'infrastructure des urgences, un peu différente de celle d'un cabinet de MG (les locaux, le personnel administratif, paramédical 24/24 puisque les actes infirmiers ne sont pas facturés, le materiel genre scopes, défibrillateurs,etc etc). Il ne faut pas oublier que les urgences vont de toutes façon prendre en charge, les patients non couverts par la sécurité sociale aux frais de l'hôpital et le fait qu'ils soient sans couverture ne permet pas l'ATU et le FAU, ainsi que d'autres patients difficiles à intégrer dans une consultation normale. Du coup, on ne pourrait pas renvoyer tout le monde et il faudrait quand même que l'hôpital paye un médecin pour voir ces patients.  Par ailleurs ces patients sont reçus 24/24 et même si l'infirmière pouvait renvoyer tout le monde, il faudrait pouvoir les recevoir ou leur fixer un rendez-vous, ce qui pour l'instant est difficilement faisable dans certains endroits et prend du temps , qu'il faut aussi rémunérer.
Quand au dernier argument, qui me fait toujours rire, c'est que les directions nous obligent à prendre ces patients. Ca ne repose sur rien et en plus ça oblige surtout les directions à prendre des intérimaires. Aucun urgentiste que je connais considère  que c'est son rôle de voir ces patients, et si demain, on ne les voit plus ça accroitra plutôt l'attractivité. 
Un dernier point d'après le registre de la FEDORU qui regroupe les données des services d'urgences de quasi toute la France (dont l'IdF) les CCMU 1 représentent 18% des patients des urgences. c'est , page 36

Oui mais les CCMU 2, il faut aussi les adresser au généraliste.
Les Niveaux 4 sont pour une bonne partie la traumatologie qui représente 30% environ de l'activité des urgences. Une autre grande partie ce sont des douleurs abdominales (et non pas les gastro enterites qui sont du niveau 5). Je vois par ci par là des gens qui disent qu'ils peuvent les prendre en semi urgence. Je veux bien mais il existe, hélas, peu de généralistes qui font des sutures au cabinet et encore moins des radios et des plâtres  (je ne parle pas des cabinets de montagne). Maintenant mettons nous à la place du patient. Celui qui vient pour une suspicion d'appendicite. Si il se rend chez le médecin, c'est pas pour un diagnostic, c'est parce qu'il a mal au bide. Donc si le médecin juge que c'est possiblement une appendicite, il va falloir qu'il passe d'abord à la pharmacie acheter un traitement contre la douleur, puis aller au laboratoire pour voir s'il a un syndrome inflammatoire puis chez le radiologue pour une echographie et un scanner (voire les deux) puis retourner chez son médecin généraliste qui soit va l'envoyer en chirurgie (en imaginant qu'il ne repasse pas par les urgences) soit à nouveau chez le pharmacien si on a diagnostiqué une autre maladie. Et bien au final ça aura couté plus cher que le passage aux urgences. Parce que le patient hospitalisé après es urgences ne génère pas de consultation, d'ATU ou de FAU mais seulement une facturation de l'hospitalisation. Si il est passé par le généraliste, sa prise en charge aura été beaucoup plus longue (avec un mal de bide), aura généré le coût de consultation de médecine générale, de laboratoire, de scanner puis le même cout hospitalier.
Les niveaux 4 représentent environ 25 % des passages selon les sources (là faut me croire). Si les CCMU 2 représentent environ 72% des passages c'est que les CCMU 3 sont considérés comme engageant le pronostic vital. C'est pourquoi par exemple une pneumopathie chez un patient agé sous oxygène ne sera pas forcément classée en 3 mais plutôt en 2.
En pédiatrie c'est différent car les patients sont de faible gravité 4 et 5 pour environ 80% et tout le monde serait ravi (les parents en premier mais aussi les pédiatres) s'ils pouvaient éviter les urgences.
Et pour être complet, les autres niveaux sont
Niveau 3 : Prise en charge médicale en moins de 60 min (défaillance viscérale ou pronostic fonctionnel possible ou latente) Niveau 2 : Prise en charge médicale en moins de 20 min (défaillance viscérale ou pronostic fonctionnel patent mais ne justifiant
pas une technique de réanimation immédiate)
Niveau 1 : Prise en charge médicale immédiate (pronostic vital engagé justifiant une technique de réanimation immédiate)
Et bien, tu vas rire mais la moitié de ces patients vont finir par sortir (dont certains adressés par des confrères et c'est normal).
Je vous remercie d'être allé jusqu'au bout, c'est forcément incomplet mais au moins ca précisera 2 ou 3 points.
Et le prochain qui revient pour nous expliquer les CCMU 1 et 2 


lundi 24 juin 2019

Ce que personne n'ose dire pour vraiment réformer les urgences (et que ça marche)


Ce texte a été initialement publié sur le site du Huffington Post: ici et on leur dit merci

A l’heure où on parle encore des problèmes aux urgences, d’une énième grève, de savoir si oui ou non les gens viennent aux urgences pour rien, des brancards dans les couloirs, des problèmes de lits dans l’hôpital, de l’opposition privé public, et où se profile un nouveau rapport, peut-être est-il temps de réfléchir vraiment à un nouveau système plutôt que de colmater l’existant avec de vieux pansements.
Oui les urgences marchent mal ; oui elles sont soumises à la pression, prises entre un accroissement de patients, une obligation de moyen, et une absence de solutions de sortie à l’hôpital ou à la maison. Cette situation qu’on nous rabâche chaque jour n’est pas franco française mais internationale. Et comme à l’international il va falloir trouver des solutions. Le repli sur soi, le corporatisme médical, institutionnel ou la résistance au changement sont des obstacles auquel il va falloir se heurter plutôt qu’essayer de les contourner.
Il faut commencer par réformer notre préhospitalier et résoudre le conflit permanent entre pompiers et SAMU sur la régulation des appels et l’envoi des secours. Notre préhospitalier français est le Concorde de la médecine. Un outil magnifique mais cher et dont l’efficience a rarement été mesurée. Devons-nous attendre qu’il s’écrase ? Nous n’avons pas de paramédicaux formés comme dans d’autres pays où ils rendent de très grands services et pourraient faire économiser du temps de médecin dont on manque par ailleurs. Mais devant les problèmes de disponibilité des SMUR, on préfère envoyer des infirmiers, certes aguerris mais dont la formation n’a jamais été celle des paramédicaux étrangers.
On entend dire qu’il faut réguler les urgences, mais nos centres d’appels sont déjà complètement débordés. Et pourtant la régulation à la française rend de très grands services pour les patients les plus graves évitant de les faire passer par les urgences. Où trouveront-nous de la main d’œuvre médicale formée pour gérer tous les appels téléphoniques ? D’autres pays ont confié ça à d’autres professions.
Environ 20% de nos patients relèvent de la médecine générale, pardon des soins non programmés. « Il n’y a qu’à les renvoyer ». Comment ? Nous n’en avons pas le droit sans avis médical ou sans consultation ? Vers qui ? Pourquoi n’existe-il pas des échelles de tris validées, pourraient permettre de renvoyer ces patients sans mettre en danger la responsabilité de nos infirmières à l’accueil ? Non on préfère dire qu’il existe des maisons médicales de garde dont toutes les études internationales ont montré qu’elles ne participaient en rien à régler le problème des urgences. A côté des structures de soins non programmés se créent, avec des plateaux techniques, plébiscitées, elles par les patients, procurant aux urgentistes un boulot mieux payé et moins difficile. Ne devrions mous pas plutôt promouvoir ce type d’activités.
Mais éviter que les patients se présentent aux urgences, c’est aussi de l’éducation à la santé. C’est aussi la responsabilité de chacun dans la collectivité. Comment imaginer que l’hiver prochain nos urgences seront remplies de personnes fragiles pas vaccinées contre la grippe (et je ne parle même pas de ceux qui viennent actuellement avec la rougeole). C’est aussi, accepter de ne pas avoir une réponse immédiate sans une société qui promeut ce type de réponse. Car la réponse immédiate à un prix que la solidarité seule ne peut pas couvrir. Doit-on accepter au final une médecine à plusieurs vitesses en fonction de la rapidité de la réponse ?
Parmi les patients que nous recevons, environ un quart devront être hospitalisé. Hélas, ils ne trouvent un lit qu’après des heures d’attente sur un brancard. C’est bien connu et de multiples études ont montré que c’était néfaste à leur santé. De nombreux hôpitaux ont nommé des gestionnaires de lit ou bed manager. Mais ceux-ci ont un pouvoir restreint et le choix des patients à hospitaliser ne dépend pas d’eux. Les directions ne sont pas notées sur les patients dans les couloirs qui de toutes façon sont facturés comme s’ils étaient dans un lit. Les ervices receveurs eux-mêmes encombrés de patients qui ne sortent pas , n’ont pas non plus fait la révolution d’un hôpital qui tourne vraiment 24/24 quand la grande majorité des hospitalisés viennent des urgences.  
Mais soyons franc. Si les urgences fonctionnent mal, c’est aussi de notre faute à nous, urgentistes. Alors oui il manque de personnel non médical aux urgences, mais pas là où on nous le dit. Les hôpitaux universitaires concentrent les moyens humains et pourtant ce sont eux qui sont en pointe dans le mouvement de grève. Pourquoi ? Mauvaise organisation de l’aval certainement car c’est un secret de Polichinelle que les services universitaires acceptent avec difficulté le tout venant de patients. Mais ce sont aussi les services d’urgences les plus pléthoriques en personnel d’encadrement. Pourquoi ? Est-ce leur spécificité universitaire ? Et à chaque grève, ce sont ces établissement qui vont concentrer à nouveau les moyens . Ce sont eux également qui fixent des normes, impossibles à respecter pour les autres établissements et souvent sans fondement scientifique. 
Le manque de médecins urgentiste est le problème le plus souvent mis en avant avec la rudesse de leur travail. Alors soyons modernes et obligeons les urgentistes à ne plus travailler 24h d’affilée, au moins en commençant dans les grands centres. Et allons plus loin, institutions les journées de 8h, on sait que de toutes façons au-delà les gens sont moins performants. Et puis il faut le dire, comment explique la différence entre le privé et le public ? Est-ce seulement parce que les patients sont moins complexes ? Probablement. Mais étrangement il semble que les médecins du privé soient plus productifs à niveau de gravité égale des patients. Pourquoi ? Parce qu’ils sont payés à l’acte ? Devra-t-on un jour évaluer le travail de nos soignants ?
On assiste à une fuite majeure d’ailleurs de ces urgentistes vers les plateformes sans rendez-vous ou l’intérim est tellement mieux payé, détruisant nos équipes. La difficulté des urgences doit être rémunérée, l’hôpital le constate à ses dépens ; Je ne sais pas s’il faut réformer le statut de la fonction publique mais tout le monde sait qu’on ne peut pas comparer la difficulté physique d’une journée aux urgences à la plupart des autres services de l’hôpital. Et pourtant au nom de l’égalité, on perd de bons éléments épuisés et non récompensés.
Quel est l’avenir de nos infirmières ? Celles qui s’accrochent aux urgences ? Aucun sinon de se désespérer à petit feu sans autre perspective d’évolution que l’encadrement ou le départ. Permettons qu’elles puissent elles aussi devenir prescriptrices, qu’elles puissent avancer comme c’est le cas encore une fois ailleurs. C’est en bonne voie avec les infirmières de pratiques avancées sauf que celles –ci sont actuellement réservées aux pathologies chroniques et de nombreuses années s’écouleront avant qu’on en accepte aux urgences.
Enfin il serait temps de faire pénétrer les nouvelles technologies dans nos hôpitaux. Non seulement la biologie au lit du malade quand elle est nécessaire mais les différentes reformes l’ont fait plutôt disparaitre, des accès rapides en imagerie, de l’IA et non plus des heures de discussion pour obtenir un scanner comme c’est toujours le cas depuis 30 ans alors que c’est devenu un examen courant.
Mais surtout sachons nous organiser, organiser nos flux, trop de services d’urgences ne sont pas si bien organisés quoiqu’on en dise et surtout n’évaluent jamais cette organisation. Et rajouter du personnel dans un service complètement débordé sans repenser son fonctionnement, ca ne sert à rien. Il faut reconnaitre la nécessité d’un management efficace. Comment peut-on croire qu’un responsable d’un service qui reçoit des dizaines de milliers de patients tous les ans avec des équipes comportant jusqu’à une centaine de personne voire beaucoup plus, qui en permanence participe à des réunions dans l’hôpital, à l’extérieur de l’hôpital, qui doit gere son service fasse ça quand il en a le temps ?
Transformons nos urgences rapidement, car de toute façon nous n’avons pas le choix. La transformation de notre système de santé mettra des années à se faire, celle de nos urgences doit être plus rapide. 

Le choix des lecteurs

voila l'été, voila l'été

Comme d'habitude, ce blog est l'expression de mes opinions personnelles, n'engage que moi et ça suffit déjà bien comme ça. ...