samedi 22 février 2014

Mort sans ordonnance

L'actualité de cette semaine (pour toi lecteur du futur, nos sommes le 22 fevrier 2014)  a été marquée par la mort d'une patiente en attente aux urgences de l'hôpital Cochin et également par le soulèvement de Kiev mais ne connaissant rien à la politique en Ukraine, je n'en parlerais pas. 
Reprise quelques heures en boucle par les journalistes, cette info (article du Monde) a été commentée par les syndicalistes, pas les journalistes, par les réseaux sociaux. Chacun a trouvé midi à sa porte, pour expliquer que cette mort était due à un manque d'effectif, à l'organisation, à la désorganisation, à la bobologie, aux médecins de ville, aux patients, aux étrangers, à la CMU, aux fonctionnaires, au directeur de l'AP, à la ministre, etc le tout avec parfois un manque de pudeur difficile à supporter (et là je ne mettrais pas de lien par pitié pour certains), hypocritement enrobé de l'habituelle et de rigueur" pensée à la famille de la patiente".
Personnellement, je ne sais absolument pas ce qui s'est passé à Cochin, et égoïstement en tant qu'urgentiste, collègue, et responsable d'une structure d'urgence, je me suis dit "ouf ce n'est pas chez moi". Et les infirmières et les médecins qui travaillent avec moi ont pensé la même chose. Parce qu'une chose est claire, le patient qui meurt en attendant les soins ou au cours de sa prise en charge, cela peut arriver à tout le monde que ce soit le chaos ou pas. Et il vaut mieux que ce soit le chaos car c'est plus facile à expliquer et à supporter. Une chose que tout le monde fait mine d'oublier c'est que nos patients sont malades, fragiles et que la médecine c'est compliqué. Prendre en charge un patient prend du temps, faire un diagnostic prend du temps, faire des examens complémentaires prend du temps, soigner prend du temps et toutes les situations ne sont pas stéréotypées.
Ce qui n'a pas été dit, c'est l'impact que peut avoir un tel évènement sur les soignants, que ce soit une erreur médicale ou pas. Combien d'infirmières et de médecins ont été dévastés par ce type d'accidents (non je ne suis pas sans cœur, c'est évidemment plus grave pour le patient), ont passé des nuits blanches à se demander ce qu'ils auraient dû faire, mieux faire, faire différemment. Je ne parle même pas de ceux qu'on a accusé d'avoir tué le patient (comme si ils avaient fait un homicide volontaire). 
Pas de mauvais procès, il ne faut pas revenir à l'époque de l'immunité totale du soignant mais avant de les accabler, il faut aussi penser à ces professionnels qui toute leur vie se souviendront de ce jour où la vie de leur patient leur a filé dans les doigts.
La mort rode toujours à l'hôpital, allez un lien . scrubs et aussi là

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