jeudi 9 juin 2016

Game over, same player shoot again

 Computer mouse with stethoscope
Depuis le temps que j'écris sur l'organisation des urgences, je m'aperçois que je n'ai pas abordé la pierre angulaire de notre fonctionnement : l'informatique. Au 21eme siècle, il est illusoire de croire qu'on peut gérer efficacement un service d'urgence de bon niveau sans l'"aide" de l'informatique. Lorsque vous avez plus de 40 patients simultanément dans vos urgences et que plusieurs soignant s'en partagent la responsabilité, le papier ne suffit plus.
L'informatique devient indispensable et ce n'est pas qu'un problème de graphie médicale (souvent décriée, on se demande pourquoi)
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Manif médicale




Le dossier des urgences doit intégrer le tri fait à l'entrée (c'est ici), les protocoles de soins à l'accueil (on a décidé que l'infirmière  l'accueil pouvait donner des antalgiques, comme ça les patients font moins de bruit), les multiples observations médicales lors de la consultation voire de l'hospitalisation aux urgences, les prescriptions de traitement, de surveillance, les transmissions infirmières,les ordonnance de sorties et d'autres trucs comme, entre autres, les certificats pour pas aller au sport ou pour aller se plaindre à la police. En plus, les urgentistes aiment bien que le programme leur dise où sont le patients dans les urgences (en général, on essaie de pas les perdre) avec leur niveau de gravité et d'autres infos plus ou moins intéressantes du genre il a vu ou pas le docteur.
Par ailleurs, depuis un décret de 2014, le logiciel doit envoyer des "résumés de passage aux urgences" RPU tous les jours (si vraiment ça t’intéresse, c'est là) pour que l'état sache qu'il y a beaucoup de monde aux urgences et pour qu'on puise faire de stats très rigolotes (en fait, il y a que moi qui pense que les stats peuvent être rigolotes).
De plus, il faut que ce programme fonctionne 7 jours sur 7 et 24h/24 tous les jours et ne tombe pas en panne le week-end (ce qu'il a une tendance fâcheuse à faire).
Alors, lecteur, tu te dis que le logiciel des urgences, il ressemble à ça.
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 En vrai, c'est plutôt proche de ça (le tout branché sur un modem 56k,  les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre)
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D'autre part, l'urgentiste n'est pas tout seul. Les autres services (la radio par exemple) veulent également leur logiciel et voudraient qu'on l'utilise en priorité. Et bien évidemment ces logiciels ne communiquent pas avec le notre, ce serait bien trop facile. Alors ils s'adressent à leur éditeur, qui leur dit qu'effectivement il développe un module urgence, pour qu'on adopte leur programme. En général, le seul truc qu'il a développé, c'est la diapo sur laquelle il a écrit "module urgences".
Bon comme les médecins sont des gens intelligents (surtout les urgentistes), on peut encore s'arranger.
Mais bien évidemment, ça fait belle lurette que ce ne sont plus les médecins qui décident. C'est le directeur des systèmes informatiques (le chef de l'informatique quoi). Et lui, il croit dans le Saint Graal : le dossier médical qui fait tout. Beaucoup en ont entendu parler, personne ne l'a vu. C'est d'autant plus étonnant que cette personne t'envoie des mails chaque jour pour te dire qu'on va réparer le serveur, te montre des diapos sur les problèmes de serveur, et fait des jolis documents sur comment il va régler les problèmes de serveur, leur seul point commun étant d'avoir été créés sur différent logiciels édités avant 1990 (que celui qui n'a pas été obligé de s'envoyer sur sa boite perso des docs extérieurs parce qu'il ne pouvait pas les ouvrir à l'hôpital, me jette la première pierre).
Résultat des courses, l'urgentiste passe plus de temps à cliquer pour noter son observation,  re-cliquer environ 12 fois en moyenne pour prescrire un bilan, ouvrir un nouveau programme pour avoir une radio, repasser dans le premier programme pour perfuser le patient, s'apercevoir qu'il remplit le mauvais dossier, effacer mais ça ne s'efface pas (c'est la traçabilité), recommencer, oublier de valider. Derrière lui, l'infirmière vient valider le contenu des prescriptions, écrit sa transmission dans un autre coin d'un ou deux programmes, le tout répété pour chaque patient. Et après les gens voudraient qu'on les examinent et qu'on leur parle ? Aux US les urgentistes noyés par toute la paperasse emploient des scribes (oui oui comme les égyptiens) pour pouvoir encore s'occuper des patients.


Mais soyons optimiste, un jour viendra où l'informatique régnera aux urgences (voire fera les diagnostics sans s'encombrer des médecins).

Et quoique qu'en pensent les médecins et les politiques français, c'est pareil ailleurs (mieux fait et mieux dit par ZDogMD, que je vous engage à suivre sur vos réseaux sociaux favoris, mais c'est en américain)








dimanche 1 mai 2016

voila l'été, voila l'été

Comme d'habitude, ce blog est l'expression de mes opinions personnelles, n'engage que moi et ça suffit déjà bien comme ça.
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Attention, lecteur, si tu n'est pas urgentiste mais patient, journaliste ou directeur d'hôpital voire d'ARS, cet article t'es également destiné.
Bientôt l'été, le retour du soleil, des jupes courtes en terrasse (ça, c'est pour que les contempteurs du sexisme en médecine me fassent de la pub) et des problèmes de liste de garde. Pourquoi, je vais vous le dire.
Cher patient, on ne va pas te le cacher très longtemps, toi qui entends parler de désert médical chez les généralistes toute l'année et qui compte aller aux urgences, il va falloir attendre. Et plus que d'habitude. C'est Michel qui va être content.
Il n'y a plus assez d'urgentistes dans beaucoup de services d'urgence. Et comme désormais, les médecins, ces petits bourgeois, veulent des vies de famille, des soirées, des week-ends et même des vacances cela pose un problème quand le service doit rester ouvert et apporter les mêmes garanties de sécurité avec une affluence qui ne baisse pas ou à peine. 

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Pendant que vous souffrirez, ils seront là.

Vous me direz comment ils faisaient avant? Ben avant, ils faisaient des doubles semaines pendant que les autres étaient en vacances en travaillant les lendemains de gardes. Mais à l'époque la médecine était un métier d'homme, des vrais et j'aurais bien donné la parole aux témoins de cette époque. Hélas, ils ne sont plus disponibles. 
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Par ailleurs, le temps de travail a scandaleusement diminué atteignant un quasi mi temps de 44 heures par semaine (je vous rassure, ils travaillent plus).
Du coup, l'urgentiste est devenu une denrée rare qu'on s’arrache à coup de viens chez moi, je te paierai mieux qu'à coté et tu travailleras moins. Autant vous dire que ça ne marche pas (parce qu'en fait c'est probablement pas un problème de salaire). Alors évidemment, il y a les intérimaires (dont j'ai déjà raconté les problèmes) mais vu le coup prohibitif, ce n'est pas une solution à long terme, d'autant plus que les propositions alléchantes ne font que vider nos services pour attirer nos urgentistes ailleurs (voire horreur, à l'étranger, ce qui prouve que ce problème n'est pas que français).
J'en profite pour digresser. Je reçois régulièrement des demandes de recruteurs pour me demander si je connais des urgentistes pour intégrer leur base de donnée pour faire de l'interim. Oui,chère madame (c'est toujours des dames qui m'écrivent), des urgentistes, j'en connais plein mais je les garde !
 

Y a t-il des solutions ? Pour cet été, je sais seulement que l'an dernier plusieurs services ont du fermer et que pour d'autres (dont celui dans lequel j'exerce) cela a été très compliqué, mais pour l'avenir... Il existe probablement des solutions sur l'attractivité de la médecine d'urgence, point extrêmement sensible de la nouvelle spécialité.
D'autres solutions, oui il y en a probablement comme avoir des infirmières formées et payées pour s'occuper des patients les moins lourds. Il faut peut être imaginer un moyen de réduire le nombre de services (je rappelle à tous les corporatistes qu'il s'agit d'un blog, humoristique mais sérieux, sur l'organisation des urgences et que son rôle est d'évoquer des solutions) ou de créer de nouvelles structures adaptées à la demande des patients, pouvant réaliser des examens complémentaires à la croisée de la médecine générale et de la médecine d'urgence comme il en existe quelques une dans le privé en France.
Bon j'arrête là car je vais encore avoir des ennuis. Et j'ai mal aux genoux.
Si tu es arrivé jusque là lecteur et que par hasard tu es urgentiste j'embauche encore et toujours. Viens chez nous, c'est évidemment mieux qu'ailleurs.









vendredi 8 avril 2016

La médecine trois zeros

Pour moi la médecine du futur ça a longtemps été le Dr Helena Russel dans la série cosmos 1999 dont seuls se souviennent ceux qui pensent que le repos compensateur est une invention du diable et des communistes (quoique d'après l'article de Wikipedia c'est aussi passé sur la TNT et c'est sur Youtube! là en français, sinon c'est pas drôle).


Mais bon à cette époque, on n'imaginait pas que chacun aurait dans sa poche l'accès à la connaissance totale du monde et notamment médicale ainsi que des vidéos très amusantes (et instructives) avec des gens tous nus (je donne pas de liens, vous les avez déjà).
Certes j'ai déjà évoqué rapidement les urgentistes qui twittent ou s'expriment sur Facebook  et pas toujours sur la médecine d'urgence. Il ya également les médecins généralistes fans de l'urgentiste le plus médiatique de France, buvant chacune de ses paroles puis les disséquant dans une exégèse que n'auraient pas renié les premiers évangélistes dans un rapport ambigu d'amour et de haine. Mais ce qui m’intéresse aujourd'hui, c'est l'impact de services internet sur les urgences.
On peut critiquer l'usage intensif d'Internet par nos patients et dire comme le Dr House "Who needs med school when you got Wi-Fi?" mais après tout, les encyclopédies médicales et l'hypocondrie ont toujours existé (allez donc lire 3 hommes dans un bateau). L'avenir, c'est l'avis sur internet. On note son hôtel, on note son taxi, on commence à noter son médecin ou ses médicaments.







Pour la Medecine trois zeros

Depuis un certain temps, je suis titillé par la e-santé et l'impact des réseaux sociaux sur notre pratique. Mais écrire la dessus sans se faire

dimanche 6 mars 2016

Cher Michel Cymes (un titre pour faire du buzz sur mon blog)



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 C'est là qu'on voit que c'est un blog racoleur

Cher Michel Cymes,
On ne se connait pas, mais comme tu es un confrère et que je te vois à la télé depuis environ 20 ans (en fait c'est pas vrai parce que je ne regarde pas les émissions médicales mais j'ai lu ça dans ta fiche Wikipédia, promis quand je serai à la retraite je regarderai), et qu'en plus je fais ce que je veux sur mon blog, je me permets de te tutoyer. 
Je t’écris parce que je suis passé dans ton émission et vraiment ça m'a fait plaisir. Je voulais donc te remercier (et ma mère aussi, qui a pu frimer avec ses copines) mais, Michel, tu te doutes bien que, comme tout le monde, si j’écris sur Internet c'est pour râler (un peu).
Michel, outre mes activités de dictateur dans le service des urgences de mon hôpital ( d'ailleurs je cherche, encore des candidats), j'ai coordonné le rapport sur l'activité des urgences en Ile de France pour l'ARS paru en novembre dernier (ici) et c'est à ce titre que ton équipe est venue m'interviewer. 
Là je fais une pause pour que mes lecteurs parmi les plus obtus puissent digérer le fait qu'on puisse faire des trucs pas sérieux sans que cela ne nuise à son travail plus sérieux, mais bon Michel, ce n'est pas à toi que je vais expliquer ça.
J'aurais déjà du me méfier. Non parce que c'est le Dr Gerald Kierzek qui vous a donné mon 06 (Mesdemoiselles, je connais perso kiki),  mais parce que vous vouliez m'interroger sur "pourquoi on attend aux urgences?" alors que l'accroche média du rapport c'était "ouais, 70% des patients passent moins de 4 h aux urgences!, youpi".
Ça commençait super bien, une journaliste m'appelle à 9h le matin pour me demander de venir à vos studios mais je l'ai convaincue que Bry Sur Marne ce n'est pas dans la Brie mais à 2 pas de la porte de Bercy et qu'on pouvait s'y rendre autrement qu'en charrette. Le reportage se passe bien et il est filmé dans un couloir des urgences VIDE. C'est normal, mon organisation s'appuie comme celle de l'hôpital Bichat, que tu aimes filmer, sur un système 0 patient dans les couloirs. 
 Résultat de recherche d'images pour "casalino enrique"  Lui, c'est le Pr Casalino de Bichat chez qui tout le monde vient filmer l'organisation, ben chez moi c'est pareil.

J'explique donc doctement dans ce couloir VIDE pourquoi on attend aux urgences et qu'on t'examine, et qu'on te fait des examens complémentaires et que ça prend du temps à réaliser, à interpréter, et qu'après éventuellement on appelle un spécialiste et que tout ça, ça prend un certain temps. Moi aussi, je prends mon temps, j'essaye d'être clair, d'articuler dans un couloir VIDE.
J'appelle ma mère pour lui dire que je passe à la télé et je repars me reposer dans mon bureau, parce que je suis chef de service. Et le soir, je dis à mes enfants d'un air faussement détendu mais fier, si on regardais papa à la télé ? et là, je m'étrangle. Je suis beau, j'explique bien mais bon, c'est un peu négatif au final avec plein d'images de salles d'attente et de patients dans les couloirs (pas les miens puisqu'ils sont VIDES). Le reportage est là.
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Je suis un peu déçu. J'aurais tant aimé qu'on loue l'organisation de nos services, l'implication des équipes surtout dans notre hôpital, qu'on voit ma salle d'attente (parfois bien pleine évidemment), mes couloirs. Mais surtout, c'est le petit coté accusateur du reportage qui m'a un peu faché, bien que d'aucuns, dont ma femme, diront que c'est pas difficile de m'énerver. 
Michel, si tu n'as pas le temps, ou si tu es à l'hôpital et que tu n'as pas le wifi, je te répète l'accroche : "Arriver aux Urgences et être pris en charge rapidement : on en est encore loin dans beaucoup d'hôpitaux. En 2014, plus de trois millions de personnes se sont rendues aux Urgences en Ile-de-France. Selon un rapport de l'Agence Régionale de Santé (ARS), 70% d'entre elles y ont passé moins de 4 heures. Pour beaucoup de patients, c'est encore trop".
La note finale étant "...une meilleure organisation des services pourrait accélérer la prise en charge des patients. Deux circuits différents pourraient être créés pour orienter les malades selon leur état. Une autre piste propose de rapprocher les Urgences des plateformes de radiologie et des laboratoires d'analyses". 
Non, Michel, sauf ton respect,  c'est une blague ? 4 h c'est trop long? Par rapport à quoi? on ne sait pas s'organiser ? Tu crois qu'on fait quoi ? Tout le monde, ou presque l'a déjà fait. 

Alors, Michel, comme tu n'as pas le temps de lire mon blog, pourtant si intéressant qui explique dans plusieurs chapitres l'attente aux urgences et l'organisation, je te le redis. Bien sûr qu'il y a des dysfonctionnements mais les urgences accueillent 24 h sur 24, 7 jours sur 7 toutes les pathologies de la plus grave à la plus bénigne avec une attente qui peut sembler longue mais reste médicalement raisonnable. Il me semble que tu es ORL, pourrais tu me dire quelle est l'attente pour avoir un rendez-vous chez un spécialiste ? Elle est à mon avis de plus de 4 heures sans compter le temps passé à s'inscrire, voir la secrétaire, attendre avec des vieux journaux dans la salle d'attente (moi, y a la télé où on peut regarder tes émissions), etc, etc. Ben dans toutes les urgences, quelque soit l’heure, ton âge, ta pathologie, ton revenu et ton assurance, tu viens, tu t'inscris et on va te voir et en Ile de France en moins de 4 heures dans plus de 2 cas sur 3. 
Michel, tu es raisonnable mais tes spectateurs ne le sont pas toujours et ils ont tendance à penser que les urgences c'est "t'es pris tout de suite, on te sert et tu sors à temps pour A/ chercher les enfants à l'école B/Prendre le train pour les vacances C/rentrer à la maison D/ je ne veux pas savoir. En caricaturant c'est un peu ça.

Alors qu'en vrai les urgences, c'est ça ! (Et là, je ne caricature pas ou presque)


Et donc tout le monde est déçu. Les patients ont l'impression de trop attendre, les soignants, que leur travail n'est pas reconnu et l'institution qu'on est des feignasses n'est pas suffisamment efficients. J'aurais tant aimé que tu mettes en valeur ce chiffre de 70%. Alors, certes, 4 heures ou plus dans une salle d'attente c'est trop long et on peut surement encore s'améliorer pour certains patients mais comme tu le sais, la médecine ça demande du temps et de la réflexion et à l'heure où nous devenons une spécialité, nous demander de travailler comme des ouvriers à la chaine, c'est la meilleure façon de faire fuir les futurs médecins urgentistes. Parce qu'on pourra mettre autant de personnel (à quels coûts), agrandir nos locaux toujours plus (où?), on ne pourra jamais accueillir tout le monde instantanément car ce n'est pas possible. La bonne nouvelle c'est que plein de  gens ont des solutions pour diminuer l'afflux de patients aux urgences, la mauvaise c'est que partout où ça a été fait, cela n'a pas marché mais augmenté le nombre de consultations par ailleurs.
Allez sans rancune, Michel. Et comme l'a dit un médecin qui passe à la télé, "l'important c'est que tes patients et ton équipe t'ai vu dans le poste" ... et il avait raison !
Cher Michel, Je te prie d’agréer mes salutations confraternelles.

 

Le choix des lecteurs

voila l'été, voila l'été

Comme d'habitude, ce blog est l'expression de mes opinions personnelles, n'engage que moi et ça suffit déjà bien comme ça. ...