dimanche 2 octobre 2016

Chers confrères généralistes...


Chers confrères, je le dit d'emblée, ce post ne sera pas agressif, insultant, anti confraternel, ni même condescendant ou autre. D'abord, parce que, de principe je respecte mes correspondants médecins de ville et puis parce que j'ai pas envie de me faire clouer au pilori au conseil départemental de l'ordre, à l'ARS, ou par ma direction etc, etc, par un confrère bienpensant (j'ai déjà suffisamment de patients qui le font).
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Il s'agit donc d'un helicobacter pylori
Mais à la lecture d'internet et notamment des réseaux sociaux, il semble y avoir un malentendu sur les urgences et la médecine générale.
Vous me direz pourquoi lis-tu les reseaux sociaux où n'importe qui peut dire n'importe quoi sans légitimité (sans savoir d'où ils parlent comme disent les gens intelligents), autant se flageller avec des orties. D'abord, vous ne savez pas si j'aime me flageller avec des orties et quand je le fais c'est en lisant les réseaux sociaux. Mais je reviens à mon malentendu concernant la médecine d'urgence et la médecine générale, malentendu qu'on entends parfois jusque dans de plus hautes sphères.
Les urgences voleraient les patients de médecine générale, ne réorienterait pas les patients vers l'ambulatoire et les directions pousseraient à attirer et garder ces patients de faible gravité pour des raisons financières.
Je ne reviendrais pas sur les raisons qui poussent les patients à venir consulter aux urgences pour des pathologies ne nécessitant pas une prise ne charge en urgence, je l'ai fait de nombreuses fois et de multiples études sont disponibles sur le net (et j'ai la flemme de mettre des liens).
Je vais parler plutôt de la vision de ces urgences "non urgentes" du point de vue des urgences (vu que c'est ce que je connais).
D'abord reglons tout de suite le problème de l'attraction des urgences. Personne n'est devant l'hôpital pour racoler le client, ni les docteurs, ni le directeur.
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Ceci n'est pas le self de l'hôpital
Mais surtout, il faut savoir que l'urgentiste a fait des urgences parce qu'il regardait Urgences.  Pour un urgentiste , les urgences c'est le déchocage avec des patients très graves, qu'il faut rattraper par les cheveux, c'est éviter qu'un patient encore stable s'aggrave, c'est faire des diagnostics urgents ou éventuellement éliminer des diagnostics graves. Il est donc très difficile de motiver ses équipes (infirmières comprises) pour examiner des patients qui se présentent aux urgences, parfois avec d'excellentes raisons, mais qui n'ont pas besoin de tous les joujoux que nous avons aux urgences (et non, on ne fait pas d'échographie à tout le monde). Surtout quand vous gérez d'autres patients plus instables, en même temps. C'est une des raisons pour lesquelles il devient difficile d'embaucher. Nous recevons beaucoup de patients aux urgences (et dont seulement environ 15 à 20% maximum et pas 50 à 80% comme certains dont la dernière garde aux urgences remonte à Giscard ou Mitterand le croient sont cotés à l'arrivée comme ne nécessitant probablement pas de geste clinique ou diagnostique). Cela nous oblige à avoir une organisation très consommatrice de personnel, que nous ne trouvons plus ou avec difficultés.
Il est notable de constater que dans de nombreux pays, ce sont des infirmières formées qui voient ces patients (comme j'en parlais dans mon excellent post précédent : Quand y en a plus, ben y en a peut être encore ). C'est peut-être aussi une des raisons pour lesquels les jeunes urgentistes plébiscitent les SMUR voire la réanimation et rejettent le travail dans les urgences des hôpitaux.
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Alors j'entends déjà, le chœur de ceux qui disent, mais pourquoi ne le renvoyez vous pas dès l'accueil? C'est ce que toutes les infirmières et médecins des urgences voudraient faire. Mais il y a d'abord un problème de responsabilité. Qui va prendre la décision et assumer le risque médico-légal d'envoyer quelqu'un à la maison médicale de garde, au cabinet voire au diable et vers qui la famille du patient va se retourner en cas de problème ? Il faut donc interroger le patient et même souvent l'examiner et, surprise, ça s'appelle une consultation. Or une consultation est un acte médical qui mérite une rémunération quelque soit le statut du médecin (et nous savons bien que le médecin hospitalier, bien qu'à 35h, 245 RTT et 27 semaines de congés payés est quand même rémunéré). Alors certes l'hôpital est content de gagner de l'argent de combler son gigantesque trou avec une pelle d'enfant, mais ce n'est pas le directeur qui est à l'accueil.
Se pose d'ailleurs, le problème du patient à qui nous avons initié un traitement et qui revient pour le prolonger. D'abord, je le dis, je suis nul en suivi de patients (c'est pour ça que je fais des urgences, je ne supporte que les ivresses comme patients récurrents) et pour le patient ce n'est pas une bonne solution de suivi. Mais quand je lis partout sur ces mêmes réseaux sociaux que des médecins refusent de prendre des nouveaux patients, faut bien que quelqu'un les voit et nous le faisons parce qu'ils n'ont pas d'autre solution (et par exemple, je me débrouille assez bien dans l'acidocetose diabétique chez le patient BPCO, alors que je suis nul pour adapter des doses d'insuline à retardement retard).
Se pose d'ailleurs un autre problème, ce patient, à part au diable, on l'envoie où ? à la maison médicale, si elle est ouverte et si elle accepte encore des patients, au cabinet ? Mais auquel ?
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En pratique, chers confrère médecin généralistes, non nous ne faisons pas le même métier (comme nous le rappellent très fréquemment les professeurs de médecine générale lorsqu'ils nous suppriment des internes ou nous empêchent d'encadrer des thèses) et nous voyons ces patients car nous ne pouvons faire autrement.
Par ailleurs, je le répète mais je l'ai écrit dans de nombreux posts et la littérature le montre, ce ne sont pas ces patients qui encombrent les urgences mais ceux dont la prise en charge est longue, nécessite de nombreux examens complémentaires et un lit qui souvent n'existe pas.
Alors, chers confrères médecins généralistes, j'espère que vous avez bien compris que non, nous ne cherchons pas à vous prendre les patients de médecins générale, ni à en faire. Et quand un urgentiste vous parle d'aménagement de votre cabinet, ça vous agace, pensez-donc à mon état quand de nombreux généralistes glosent sur les urgences.




3 commentaires:

  1. Malheureusement la démographie médicale ne changera pas
    Il faudrait d'un point de vue libéral, "sous traiter" des actes à des paramédicaux formés pour les petits bobos qui n'ont pas besoin d'une consultation médicale.
    Mais aussi des mesures onctraignantes d'installations
    Le rétablisssmsnet de la garde pour le MG etc...

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  2. Bonjour,
    Tout ça pour ça !
    Votre argumentaire est une peu court jeune homme.
    Le point essentiel : les patients croient plus en la médecine que nous.
    Si bien que les cabinets de médecine générale sont fréquentés de citoyens qui feraient mieux d'aller acheterr du paracetamol et/ou un kleenex pour "guérir" leur rhume.
    Si bien que les urgences sont fréquentées par des déçus du kleenex comme par des angines ou des traumatismes qui peuvent attendre...
    Les médecins généralistes ne reprochent pas aux urgences de leur prendre leurs patients, où avez-vous vu cela ? (vu le nombre de patients dans nos cabinets, on se demande bien où on les mettrait...), ils reprochent aux centres 15 de ne pas assez trier.
    Quant aux maisons médicales de garde, comme à Mantes où j'exerce, elles sont négligées par les patients, par le centre 15, par les urgences et sont désespérément vides... Ne croyez pas qu'il s'agisse seulement d'un manque de compétence perçu par les patients (fastoche) mais parce que les patients, comme à Mantes, ont peur de devoir payer... alors qu'à l'hôpital, c'est connu, c'est gratis. Les comptables d'hôpitaux devraient plus publier sur la difficulté des recouvrements après passage aux urgences.
    Ah, j'ai oublié, le plateau technique : les citoyens croient que le soin est satisfait grâce au nombre d'IRM passées alors qu'à l'hôpital de Mantes, dans la majorité des cas, il est impossible de pratiquer un echodoppler veineux des membres inférieurs...
    Dernier point : dans tous les pays c'est pareil.
    Quant aux IDE, des études ont montré (in UK mais ce sont des demeurés) qu'elles passaient plsu de temps avec les malades, qu'elle prescrivait plus d'examens complémentaires et demandait plus d'admissions...
    Les patients qui se rendent aux urgences croient au mythe d ela bonne santé et de la société sans douleur, ce n'est pas une raison pour prescrire du tramadol comme des bonbons.
    Bonne journée.

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  3. Il n'y a malheureusement pas de maisons médicales ou médecins de garde partout comme à Mantes... Ancienne infirmière des urgences je connais bien le problème et j'y ai été confronté également deux fois en tant que patiente.Par deux fois mon fils , à l'époque 2 ans puis 3 ans, a eu la bonne idée de commencer une otite un samedi soir, Doliprane inefficace, advil déconseillé sans couverture antibio dixit l'ORL : allo le 15 le dimanche pour trouver un médecin de garde -> aucun ma bonne dame, ou alors à Bézier il y'a une maison médicale de garde (110 km de mon domicile...) , nous vous conseillons donc de l'emmener aux urgences... Et dieu sait que j'étais très mal à l'aise d'"encombrer" les urgences pour une otite ! Je ne suis donc pas allée aux urgences pour ne pas payer (j'aurais donner mon salaire entier de suite pour ne plus le voir souffrir en se tapant l'oreille avec la main), ni pour avoir un plateau technique plus performant; juste commencer les antibios au plus tôt et gagner du temps sur la douleur... Une solution peut être, créer au sein même de toutes les urgences une partie consultation médecine générale ? Dans les mêmes conditions qu'une maison médicale concernant la prise en charge.

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